Église : des Liégeois choisissent d'annuler leur baptême

En 2016, ils étaient plus d'un millier à introduire une demande d'apostasie (annulation du baptême). Ce nombre semble grandir à mesure que les affaires de pédophilie éclatent au sein de l'église. Rencontre avec Raphaël Collinet, vicaire épiscopal pour les affaires canoniques à Liège. Il se charge de répondre aux demandes d'apostasie.

L' "apostasie" est un terme méconnu qui désigne l'acte de reniement de la foi chrétienne. Ce phénomène, rarissime il y a 20 ans, attire désormais des dizaines de Liégeois chaque année. « Il y a une petite augmentation. L'année dernière il y en avait 23 et si ça continue comme ça, j'en aurai 35 ou 40. Mais nous ne sommes pas encore à la fin de l'année », livre le vicaire Raphaël Collinet, dans une petite salle de l'espace Prémontrés. Le séminaire épiscopal de Liège doit gérer un nombre croissant de demandes d'apostasie depuis quelques années. « C'est une lettre qu'on m'envoie par courrier, dans laquelle on demande de ne plus faire partie de la religion catholique. C'est un papier qui a été formalisé par la Laïcité organisée (ensemble des associations regroupant des individus athées ou agnostiques, ndlr) ».

En ce moment, Raphaël Collinet reçoit des messages un peu plus inhabituels dans son courrier. « Des personnes critiquent l'église pour un gynécide (meurtres de jeunes femmes désignées comme “sorcières”) qui aurait tué 80 millions de personnes. L’Inquisition et les croisades reviennent aussi dans les esprits. » Parmi ces lettres, de nombreuses évoquent les récentes affaires de pédophilie qui ont nuit à l'image de l'église catholique. « Les affaires de pédophilie sont extrêmement graves. Je ne veux pas minimiser ça. Le problème des religieuses, aussi. Ça met en cause la confiance que l'église demande. »

Bien qu'on puisse ressentir un soupçon de tristesse dans la voix du vicaire, il se montre très clair lorsqu'on l'interroge sur les réactions de l'Église à ces demandes de « divorce » avec la religion. « L'apostasie est un droit. Tout le monde est en possibilité de changer de religion, de fidélité. L'église ne s'y oppose pas. Il faut réagir à ce qui est à la base de cette défiance. »

Une fois débaptisés, une série de questions se pose pour les ex-fidèles. Que faire lorsqu'on veut se marier, accompagner une personne mourante ou encore célébrer l'arrivée d'un nouveau né ? Simone Chaumont, présidente de la régionale de Liège du Service Laïque d'aide aux Personnes, contribue à offrir des alternatives.

« Lorsqu'on est baptisé, on ne l'a pas décidé. C'est nos parents qui ont pris la décision. Il y a de plus en plus de personnes qui choisissent de faire des cérémonies de parrainage, qui marquent l'engagement moral des parrains et marraines envers l'enfant en dehors de toute religion. »

Les membres de l'association de Simone Chaumont pratiquent ce qu'on appelle de l'assistance morale. « Nous sommes des conseillers laïques qui allons dans les hôpitaux, répondre aux appels des patients qui ont envie d'avoir un entretien existentiel, philosophique, spirituel. Exactement comme une personne croyante fait appel à un aumônier. »

À l'heure actuelle, impossible de se prononcer avec exactitude sur les chiffres de l'apostasie en Belgique. En tout cas, le phénomène se développe dans l'Église catholique liégeoise. La motivation principale derrière ces demandes ne nous a pas été communiquée par Raphaël Collinet. Mais il semble difficile de ne pas établir un lien de causalité avec les nombreux cas de pédophilie dans l'Église catholique récemment dénoncés dans la presse. Chez nos voisins français, en tout cas, l'affaire Philippe Barbarin a poussé de nombreux fidèles à abandonner la foi chrétienne.