Brésil : le phénomène Jair Bolsonaro vu par les expatriés belges

L'élection de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil pose question : les Brésiliens sont-ils vraiment racistes, homophobes et nostalgiques de la dictature comme leur nouveau président ? Deux expatriés belges donnent leur point de vue. 

Que pensent les expatriés belges au Brésil de le leur nouveau président ? 

 

La lutte anti-corruption comme argument numéro un

Pour ces Belges qui vivent au Brésil, c'est clair : Bolsonaro n'aurait pas pu devenir président rien qu'avec le vote de des fidèles. Un ras-le-bol du Parti Travailliste a poussé une partie de ses partisans vers l’extrême droite.

Geoffrey Pain est Belge. Il est parti rejoindre son compagnon au Brésil il y a deux mois. Ses proches acceptent totalement son homosexualité, mais certains ont quand même voté pour Bolsonaro. "Evidemment, ça fait un choc. Dans mon entourage proche, j'en connais qui ont voté pour lui" confie-t-il. "Pourtant, ce sont des personnes totalement ouvertes d'esprit, bien loin des idées haineuses que Bolsonaro véhicule. En fait, je pense que pour beaucoup de Brésiliens, c'est avant tout un vote de contestation. Ils n'ont pas voté pour Bolsonaro mais contre le Parti Travailliste", explique Geoffrey Pain. 

Le Parti Travailliste, du candidat perdant Fernando Haddad, trempe de nombreux scandales de corruption. "Une grande partie de la population rejette la politique de ces vingt dernières années. Les gens voulaient sortir de tout ça. Ils n'ont pas nécessairement voté pour Bolsonaro au premier tour. Mais au second tour, ils ont préféré le candidat 'nouveau' au candidat issu d'un parti envers lequel ils ont perdu toute confiance", détaille le jeune homme originaire d'Arlon. 

Jair Bolsonaro semble s'élever comme LE rempart de la corruption. Mais traîne-t-il quand même des casseroles ? 

"Pour le moment, il n'y a aucune enquête judiciaire en cours sur Bolsonaro. Oui, il a fait partie pendant quelques temps d'un parti qui a trempé dans des affaires de corruption : le Parti Progressiste. Mais il l'a quitté pour former son propre parti. Et la plupart des Brésiliens voient effectivement en lui un homme anti-corruption. C'est en tout cas comme ça qu'il s'est présenté à eux", éclaire Sebastian Santander, professeur en Relations Internationales à l'Université de Liège. 

Maintenant qu'il est élu, Bolsonaro tient à prouver sa bonne foi. "Il vient de nommer Sergio Moro comme Ministre de la Justice. C'est un grand spécialiste de la lutte anti-corruption au Brésil. Il est à l'origine du déclenchement de l'affaire 'Lava Jato', qui concerne du blanchiment d'argent et de la corruption", ajoute Sebastian Santander. 

La mainmise des réseaux sociaux

Le vote pour Bolsonaro peut donc être interprété comme une protesation contre la corruption. Mais de là à élire un candidat d’extrême-droite, il y a un pas. Lionel Sturnack est installé à Sao Paulo depuis cinq ans. Il a été surpris par le déroulement de la campagne.

"Plus grand monde ne respecte les idées des autres ici. La campagne électorale, c’était comme du foot. Chaque camp cherchait à battre l’autre", raconte ce Spadois. "Il n’y a pas eu de débats d’idées. Quasiment tout s’est déroulé sur les réseaux sociaux. Il y a eu notamment le scandale WhatsApp, avec l'envoi de fake news. WhatsApp, c’est basé sur les groupes de confiance. Chacun se renvoie les informations. Résultat : ça a renforcé des groupes préexistants de personnes qui étaient déjà assez divisées comme ça", détaille-t-il. 

Poignardé début septembre, Bolsonaro a refusé toute confrontation avec ses adversaires jusqu'à son élection. Un peuple en colère couplé à une campagne sans débat démocratique : deux éléments sur lesquels l'ancien militaire a pu s'appuyer pour devenir président du Brésil. 

 

Olivier Daelen

 

Un sujet diffusé dans le journal de 48FM, à réécouter ici.