Contraception : la pilule passe de plus en plus mal

 

Crédit photo : Simone van der Koelen 

Ce petit comprimé, plus de la moitié des femmes en Wallonie l’ingèrent tous les jours. Les médecins et gynécologues le prescrivent presqu’automatiquement aux adolescentes, sans beaucoup d’explications. Pourtant, ces dernières années, la pilule séduit de moins en moins de femmes, soucieuses des effets que ce contraceptif peut avoir sur leur santé physique et mentale. 

Troubles de l’humeur, migraines, baisses de libido, les femmes sont de plus en plus conscientes des effets secondaires de la pilule. Bien que ce soit un des contraceptifs les plus fiables (91% de fiabilité contre 85% pour le préservatif), entre 1994 et 2013, la pilule a perdu 13% d’utilisatrices. 

Alix, une étudiante de 18 ans, a pris la décision d’arrêter la pilule. Après s’être renseignée sur internet, elle a fait le lien entre son mal-être et sa contraception. 

« On m’a prescrit la pilule à 16 ans. Après six mois j’ai commencé à faire beaucoup de crises d’angoisse qui ont mené à une dépression. Je voyais la vie différemment, et je pensais que c’était à cause de ma situation mais il n’y avait rien qui expliquait vraiment ma dépression. J’en ai parlé à ma gynécologue, elle m’a tout de suite remballée en me disant que ça n’avait aucun rapport avec la pilule. Je me suis dit qu’elle connaissait son métier et qu’elle avait raison, mais ça n’allait toujours pas, je me sentais toujours mal sans raison. Je suis persuadée que c’était ça. J’ai arrêté il y a un mois, et je me sens déjà plus légère. J’ai mal physiquement, parce que mon corps se remet en marche mais je me sens déjà plus positive. Je ne sais pas si c’est un effet placebo mais en tout cas je ne regrette pas. »

Solidaris a réalisé une enquête sur la contraception en Belgique en 2010. Les enquêteurs ont ensuite posé les mêmes questions en 2017, afin de comparer les réponses. Il en ressort que « la crainte des effets secondaires des méthodes contraceptives a augmenté de 24 points par rapport à 2010.  Le caractère nocif pour la santé est quant à lui, de plus en plus signifié, soit +16 points par rapport à 2010. Actuellement, les femmes sont 56% à être inquiètes de la composition hormonale de certains contraceptifs. » 

Une contraception alternative 

Selon le docteur Lazzari, qui travaille avec le SIPS (planning familial des jeunes à Liège), cette perte de vitesse s’explique par un désir des femmes de se ré-approprier leur corps. « Il y a plusieurs types de solutions alternatives. Parmi les plus connues, il existe le dispositif intra-utérin en cuivre, les méthodes dites de barrière comme le préservatif masculin et féminin, la cape cervicale, le diaphragme avec l'utilisation de spermicides. On a également les techniques plutôt chirurgicales comme la ligature des trompes et la vasectomie chez l'homme. Il a été aussi question de méthodes dites naturelles basées sur les changements de certains critères comme la température corporelle, l'aspect de la glaire cervicale et aussi de l'utérus mais qui demande une formation bien spécifique et très détaillée par les professionnels. C'est une formation qui dure plusieurs heures. ». 

Anne Gerday