La demande en profs de français pour les primo-arrivants explose 

À l’ASBL Agora (quartier Saint-Léonard) en classe, ils sont Syriens, Marocains, Afghans ou Djiboutis. Pour certains, ce sont leurs premiers jours. D’autres sont présents depuis quelques mois. En cours, Fatah se montre assidue : “ Pour moi, c’est nécessaire d’apprendre le français. Cela permet d’entrer en contact avec les gens. C’est plus facile de s’intégrer et de chercher un travail. Je travaillais pour la commune d’Alep. Je suis partie à cause de la guerre”.  

Le maître-mot : l’adaptation  

Le manque de moyens ne permet pas de créer des groupes totalement homogènes et de multiplier les classes. Danielle, professeur de français déplore : “ Au sein de cette classe, il y a des personnes de niveau français langue étrangère, mais d’autres personnes qui viennent de l’alphabétisation n’ont jamais été scolarisées. Il faut essayer de rebondir et d’être présent en fonction de chaque demande. Un peu à l’image d’un jongleur”. 

Ce témoignage fait sens face aux propos de Jean-Marc Defays, professeur ordinaire à l’ULiège, et président de la Fédération Internationale des Professeurs de Français :  

Ce sur quoi j’insiste avec les futurs professeurs de français langue étrangère, c’est la flexibilité. Vu la variété des profils et des parcours des personnes auxquelles ils s’adressent. Ça peut aussi bien être de jeunes enfants que des personnes de troisième âge, des personnes qui sont très scolarisées ou des analphabètes. Et vu les moyens que nous avons à dispositions, ces personnes-là se retrouvent parfois à la même place. Il faut être très attentif à ces différences, à ces attentes, aux histoires des personnes qui sont dans la classe, aux situations dramatiques qu’ils vivent. Je pense qu’il faut partir de là, être à l’écoute, flexible et petit à petit les encourager à apprendre la langue et aussi à reconnaitre les caractéristiques culturelles du milieu dans lequel ils sont arrivés”. 

Toucher au plus près la réalité  

Un autre type d’Atelier est proposé à l’Agora : des mots pour un job. Les apprenants possèdent une base de français mais l’objectif consiste à aller le plus directement et concrètement possible vers les réalités de la vie quotidienne. Marie en est la titulaire :

“ L’objectif est d’apprendre le français du métier qu’ils voudraient exercer en Belgique. C’est vrai qu’il y a de grosses différences de niveau. Mais, ici, c’est très particulier : certains veulent devenir boulanger ou pâtissier, par exemple. Je dois vraiment préparer des cours spécifiques pour chacun d’entre eux. S’ils ont des difficultés à trouver un stage, ils ont tendance d’un jour à l’autre à vouloir changer de projet professionnel. Je dois vraiment m’adapter au jour le jour à leurs envies et leurs demandes”.   

Pour Mohamed, cet atelier  revêt une importance capitale :  “ En Syrie, je ne parlais pas le français, mais, ici, j’ai commencé à l'étudier depuis un an. Parfois, quand je trouve un travail, j’y apprends la langue. Mais, comme en septembre prochain, je commence une formation en comptabilité à IFAPME, je dois apprendre un vocabulaire plus précis et bien intégrer tous les mots, car c’est un métier difficile ”.  

Le français langue étrangère : une forte demande 

Jean Marc Defays a créé, il y a dix ans, le master FLE ( français langue étrangère) à l’ULiège : 

 Les demandes en matière d’enseignement du français en tant que langue étrangère ne cessaient d’augmenter. Il y a deux types de demandes : la demande des étrangers qui viennent s’installer en Belgique, comme la demande d’étrangers qui veulent apprendre le français dans leur pays. Le master en Langue français langue étrangère et seconde est un master qui par rapport aux autres formations, est assez récent. Il a deux débouchés : l’enseignement du français aux étrangers en Belgique, comme l’enseignement du français à l’étranger. Il est clair que vu la mobilité ces dernières années ci, la demande ne cesse de s’accroitre. C’est une demande qui n’est pas seulement linguistique, parce qu’il est question également de familiariser les étrangers aux questions culturelles dont dépend leur intégration”.  

L’Université de Liège vient d’ailleurs de créer un MOOC (cours massif en ligne ouvert à tous) consacré à l’enseignement du FLE. Il s'agit du fruit d’une collaboration internationale avec plusieurs intervenants d’universités étrangères.  Plus de 8000 inscrits ont suivi ces capsules vidéo.  Pour rappel, la langue française reste en deuxième position du classement des langues les plus influentes au monde.