Le don d'organes : un tabou à déconstruire

Jeudi, plusieurs acteurs de la sensibilisation au don d'organes étaient réunis à la Maison de la Presse de Liège. L'occasion d'échanger sur un sujet qui reste parfois délicat à aborder.

« Nous sommes rassemblés aujourd'hui pour aborder la problématique du don d'organes sous le prisme de la citoyenneté. C'est un acte citoyen que l'on pose lorsqu'on fait une déclaration volontaire de donneur d'organes. » Elisabeth Fraipont (MR), échevin en charge de l'État civil et de la Citoyenneté, est entourée des membres des associations de sensibilisation au don d'organe, un sujet qu'elle qualifie d' « urgent à traiter ».

Aujourd'hui, ce sont 1300 personnes qui sont en attente de transplantation en Belgique. La semaine du 24 au 31 mars leur sera entièrement consacrée à Liège, avec plusieurs événements visant à exposer les enjeux du don d'organes. Pourtant, l'échevin se dit sidérée de l'accueil que reçoivent parfois les acteurs de cette sensibilisation. « Est-ce la peur d'évoquer le sujet ? Je ne sais pas. Je ne suis pas psychologue. » Les écoles primaires, notamment, refusent fréquemment de recevoir les associations. Elles estiment que leurs écoliers seraient trop jeunes pour être confrontés à ce type de sujet et que cela pourrait heurter certains parents.

Thierry Kremer a fondé l'ASBL Chaîne de vies, après avoir perdu son fils dans la tuerie de la place Saint-Lambert en 2011. Bien qu'il soit lui aussi étonné de ces refus, il sait à quel point ce sujet peut parfois être difficile à traiter. « C'est un sujet dont on avait jamais parlé en famille. On le considère un peu comme tabou. Forcément, il est lié à la mort. Qui parle sereinement de la mort ? Peu de personnes. » En prenant la décision de faire don des organes de leur fils, les parents de Laurent ont honoré sa mémoire. « C'est venu spontanément. C'est quelque chose qui rend encore plus hommage à la bonté que représentait Laurent. »

Un geste comme celui des parents de Laurent Kremer peut sauver plusieurs vies. Heureusement, ils ne sont pas les seuls à emboîter le pas. La Belgique n'a pas à rougir de sa situation, comme l'explique Marie-Hélène Delbouille, coordinatrice de transplantation au CHU de Liège. « La Belgique est dans le top 5 mondial par rapport au nombre de prélèvement par million d'habitants. On a une loi qui est très bien faite, qui est basée sur le principe de solidarité. Et aussi parce qu’il y a de nombreuses campagnes de sensibilisation ».

Joseph Mattina a reçu un foie il y a 10 ans et pour lui c'est important de venir apporter son témoignage au côté des associations. « Si je n'avais pas été greffé à l'époque, je crois que je ne serai plus là. Je suis très reconnaissant envers mon donneur. Aujourd'hui, je suis en bonne santé, à part la prise de poids mais ça, c'est autre chose, ça a toujours été mon problème. »

Une grande chaîne humaine est organisée le 27 mars à Liège. Elle démarrera de la polyclinique Lucien Brull pour s'achever à l’hôtel de ville. Une distance de plus ou moins 1300 mètres pour symboliser les 1300 patients en attente de greffe.

Pierre Targnion