Les témoins de Jéhovah : “une secte dangereuse”

En Belgique, 24.000 témoins de Jéhovah parcourent les rues pour recruter des disciples. Cette communauté méconnue soigne sa communication et son image. Mais derrière cette façade, des membres sont en souffrance. Frédéric Hoebeeck a passé 21 ans dans cette secte. Il confie son histoire, afin que d’autres ne tombent pas dans le même piège.

 

“J’étais une aubaine pour eux car j’étais dans les institutions de l’État, j’ai été abandonné par mes parents”, se souvient Frédéric Hoebeeck. “Je cherchais une réponse à des questions fondamentales. À 21 ans, je me suis retrouvé seul, alors que j’avais l’habitude d’être entouré d’enfants et d’éducateurs. Cet isolement m’a perturbé. J’ai ressenti une insécurité incroyable. Les témoins de Jéhovah m’ont contacté, par le biais du porte à porte. Ils répondaient à mes questions spirituelles, ce qui constituait un besoin fondamental.”

 

Il n’en faut pas plus à Frédéric pour rentrer dans ce qu’il qualifie d’”une secte dangereuse”.

Cinq ans après, il y rencontre son épouse. “Les témoins de Jéhovah ne peuvent se marier qu’entre eux. Problème : on y compte un homme pour cinq femmes. Du coup, énormément de femmes de cette communauté subissent la solitude. Elles ne le montrent pas : la coutume impose de toujours garder une belle façade. On souffre en silence”.

 

Mais, en 2012, il ouvre les yeux sur cette communauté qui l’a recueilli. “Quand j’ai vu une émission sur les problèmes de pédophilie chez les témoins de Jéhovah, j’ai refusé que mes filles fassent du porte à porte seules avec un homme. Ma femme et moi avons été mal vus, accusés de suspicion contre les ‘anciens’. On s’est dit qu’il y avait un problème, nos craintes ont été confirmées : deux de ces ‘anciens’ étaient soupçonnés de pédophilie.”

 

La pédophilie incarne l’une des casseroles que trimbalent les témoins de Jéhovah depuis plusieurs années. Un rapport du Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN) a alarmé la justice belge. Un groupe de travail présidé par le député fédéral André Frédéric (PS) s’est mis en place: 17 victimes ont été entendues jusqu’ici en Belgique, mais le phénomène est devenu mondial. Au Pays-Bas, 286 victimes ont été recensées entre octobre 2017 et juin 2018.

 

Lorsqu’un cas de pédophilie se déclare chez les Témoins de Jéhovah, ils rassemblent un conseil d’anciens, qui confronte les victimes à leur agresseur. “C’est vraiment horrible. Les anciens posent des questions tellement intrusives, c’est très malsain. Ils prennent une décision qu’ils gardent secrète. Ils peuvent décider que la personne accusée soit exclue, mais les agresseurs peuvent aussi se repentir et réintégrer la secte. J’ai connu deux personnes dans ma congrégation qui ont commis des abus sur leurs enfants. Ils ont fait de la prison, mais, comme ils faisaient partie des anciens, ils ont pu revenir… Mais ce n’est pas parce qu’on est repentant qu’on est guéri.”

 

Heureusement, Frédéric et sa famille sont sortis indemnes physiquement de cette secte. Mais psychologiquement, les dégâts restent gigantesques, profonds, irrémédiables: “On se rend compte que nous avons été endoctrinés et manipulés. C’est très pervers, on a vraiment envie de se suicider.”

 

Frédéric et sa femme ont créé l’ASBL CheCoPa pour venir en aide aux victimes de dérives sectaires. Ils apportent un soutien psychologique aux personnes qui passent par la même épreuve qu’eux. Aujourd’hui, lui et sa famille n’ont plus de contact avec la secte. Ils ont trouvé leur place dans la société, et vivent une vie normale, loin de cette peur constante instituée par les anciens.

 

Anne Gerday

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Frédéric sur la page Facebook de l’émission Lucide, ou en suivant ce lien : https://www.mixcloud.com/Lucide48FM/episode-13-les-sectes-et-les-t%C3%A9moins-de-j%C3%A9hovah/

 

Si vous avez été victime de dérives sectaires, n’hésitez pas à contacter l’ASBL CheCoPa via leur site internet, checopa.be.