Luxembourg : paradis fiscal pour dix diables rouges

La nouvelle tourne depuis ce matin. Les journaux Le Soir et De Tijd rélèvent qu'une dizaine de joueurs de l'équipe nationale de football sont impliqués dans l'affaire LuxFiles. Le régime luxembourgeois des droits à l'image serait très avantageux parce qu'ils permettrait aux joueurs de rentabiliser au mieux leur notoriété avec les sponsors. 

Dix diables rouges sur 28 ont domicilié une société au Luxembourg pour tirer profit de leur droit à l'image. Le total de leurs actifs s'élève à plusieurs millions d'euros. Toutes réunies, leurs sociétés ont généré un bénéfice total de huit millions d'euros entre 2013 et 2016. Ils payent donc entre 5 et 16 % d'impôts. A titre d'illustration, l'actif de la société des frères Romelu et Jordan Lukaku s'élève à un million et demi d'euros. Ils placent leurs droits à l'image dans des sociétés qui bénéficient des revenus engendrés par les recettes par exemple de chaussures à l'éfigie du joueur. Ces revenus sont en grande partie exonérés d'impôts, une pratique tout à fait légale.

"Sous la pression des institutions européennes, le Luxembourg a été contraint de supprimer ce régime de faveur, explique Denis-Emmanuel Philippe, avocat fiscaliste et professeur à l'ULiège. Il existe pourtant un régime transitoire valable jusqu'en 2021 qui permet aux sportifs de passer par la petite porte. Les diables ont donc quelques années pour voir venir."

Parmi les diables concernés, on retrouve notamment Eden Hazard, Thibaut Courtois, les frères Lukaku, Kevin de Bruyne ou encore Marouane Fellaini. Eden Hazard par exemple, qui évolue à Chelsea, a créé sa société au Luxembourg en 2012, trois mois après arrivée dans le club anglais. Sa société a par la suite ouvert une succursale en Irlande, également connu pour être un paradis fiscal. Coïncidence (ou pas) le gardien Thibaut Courtois a ouvert sa société le même jour que son coéquipier Eden Hazard. D'un point de vue judiciaire, les diables ne risquent rien si pour autant il ne s'agit pas d'une simple "boîte aux lettres". 

Luxembourg... et Grande-Bretagne

Le Luxembourg n'est pas le seul pays à fournir certains avantages fiscaux. La Grande-Bretagne accorde aussi à ses résidents non-british une exonération des revenus engendrés à l'étranger. La Première League en a tiré profit, étant donné qu'une partie de ces droits est soumise à l'impôt local, la solution idéale pour nos diables. Ils optimisent ainsi facilement leurs revenus. L'enquête révèle aussi que d'autres sportifs sont également concernés, et pas seulement en football. Le cycliste Philippe Gilbert a créé sa société au Luxembourg en 2014. Elle dispose depuis d'un statut spécifique dont les revenus mobiliers sont totalement exonérés d'impôts. 

Une enquête colossale

Les rédactions des journaux Le Soir et De Tijd ont fourni un travail considérable pour sortir l'affaire au grand jour. Ils comptabilisent des milliers de fichiers analysés, décortiqués et vérifiés pour tenter d'identifier les bénéficiaires de ces boîtes aux lettres fiscales. Au total, plus de 60 % des 100 Belges les plus fortunés ont créé une société luxembourgeoise. Au total, ces intermédiaires auraient engendré plus de 48 milliards d'euros. 

Ecoutez la réaction du journaliste d'investigation Joël Matriche sur cette affaire :

Interview Joël Matriche by Le Studio Bus

Ecoutez l'analyse de Denis-Emmanuel Philippe, fiscaliste spécialiste de la question :

Interview Denis-Emmanuel Philippe by Le Studio Bus