Robots tueurs : buisness is buisness

Jeudi 30 novembre, l’industrie de l’armement rencontrait les politiciens lors de la réunion annuelle de l'Agence européenne de défense (AED), à Bruxelles.  Interview de Stéphanie Demblon d’Agir pour la Paix.

Robots tueurs - image d'illustration. Source : Google image, image libre de droit. 

 

Le Studio Bus (L.S.B.) : Pourquoi protester contre la conférence de l’AED ?

Stéphanie Demblon (S.D.) : La conférence annuelle de l’Agence Européenne de Défense est le point d’entrée parfait pour que les fabricants d’armes fassent du lobbying auprès des institutions européennes. Nos collectifs voulaient porter la voix de la société civile lors de cette conférence, puisqu’elle n’est pas du tout admise à l’intérieur du bâtiment du Concert Noble. Les portes sont closes pour la société civile. Ce qui est un comble car ces fabricants vont recevoir une enveloppe budgétaire très spéciale de la Commission Européenne. Treize milliards d’euros pour financer les recherches à finalité militaire de ces prochaines années. Or, cet argent est publique. La moindre des choses c’est que l’on sache ce que l’on va en faire et comment tout a été décidé. C’est une question qui dépasse “buisness is buisness”. Nous avons demandé à l’Agence Européenne de Défense si il y avait une possibilité d’assister à la conférence. Ils nous ont répondu non. Il n’y a pas de place pour les questions politiques, morales ou éthiques. Ce n’est que de la stratégie.

L.S.B. : Votre protestation dénonce des conflits d’intérêts. Lesquels ?

S. D. : Le Fond Européen de Défense, ces fameux treize milliards, a été décidé par un groupe d’experts, mis en place pour conseiller stratégiquement la Commission Européenne. Ce groupe s’appelait le “Group of Personalities”. Sur seize personnes que composaient le groupe, sept étaient issues directement des différents fabricants d’armes européens. Ils sont donc les décideurs d’un budget énorme à allouer, et à la fois ceux qui vont le recevoir et en profiter. C’est complètement hallucinant !

L.S.B. : Que concerne la plainte déposée au Médiateur Européen ?

S.D. :
Ce n’est pas une plainte en justice classique. Le Médiateur Européen est la personne compétente pour examiner la situation. Cette plainte concerne le conflit d’intérêt et le manque de transparence de décision du Fond Européen de Défense. Cela a déjà été pointé du doigt par le Médiateur. Par exemple, nous ne savons rien de la façon dont le Group of Personalities a travaillé. Nous ne savons rien des minutes de réunion qui se sont tenues, elles ne sont pas publique. C’est pourtant un sujet d’intérêt public. Lorsque l’on consacre treize milliards d’euros à un projet, ça concerne tout le monde. Le Médiateur Européen a déjà demandé à la Commission Européenne de faire un gros effort et de rendre public les informations. Elle a rechigné des mois et des mois. A tel point qu’aujourd’hui, la Commission Européenne envisage de ne plus rendre public les questions qui concernent la recherche à finalité militaire, de manière légale. Si ce projet aboutit, il ne sera plus possible d’aller devant le Médiateur pour exiger plus de transparence.

L.S.B. : Quelle est la prochaine étape ?

S.D. :
Le Médiateur Européen doit d’abord examiner la situation et rendre un avis. Il pourrait exiger que les documents que nous réclamons soient rendus public. Le Médiateur a une autorité sur la Commission. Ce n’est pas si facile pour elle de refuser ou désobéir aux recommandations du Médiateur Européen. Cela paraît être dérisoir au vu du pouvoir des fabricants d’armes mais ce genre d’action permet d pointer du doigt ce qui ne va pas. Cela permet aussi de jouer avec les ficelles de quelque chose que le système a mis en place. C’est à dire que le système européen a décidé qu’il fallait avoir une certaine transparence, qu’il l’applique !  

 

Propos recueillis par Astrid Maigné-Carn